Echecs: Tahar Battikh à la vice-présidence

 
A l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération Internationale des Echecs, qui se tenait le 3 octobre à Batoumi (Géorgie), Arkady Dvorkovich a été élu président de la FIDE pour un mandat de quatre ans. Il bat Georgios Makropoulos par 103 voix à 78, Nigel Short ayant retiré sa candidature au dernier moment.
Le président de la fédération tunisienne des échecs, Tahar Battikh, en place depuis le 18 décembre 2016 a été de son côté élu à la vice-présidence.
 
L’élection présidentielle de la FIDE se déroulait à l’hôtel Sheraton de Batoumi, où étaient rassemblés plus de 160 délégués représentant les fédérations du monde entier. Les trois candidats ont tout d’abord été invités à présenter leurs équipes et leur projet devant l’assemblée.
 
Le tirage au sort a donné la main à Dvorkovich. L’arbitre internationale Carol Jarecki, fraîchement nommée présidente du comité de surveillance de la FIDE, l’a présentée à l’assemblée sous le tire de « Grand-Maître ». Une erreur qui peut s’expliquer par le fait que son équipe soit composée, entre autres, de trois GMI.
 
Lisant ses notes sur un Ipad, Dvorkovich a commencé par affirmer sa volonté de supprimer la possibilité de voter par procuration et de construire « une institution professionnelle, efficace et transparente. »
 
Il a ensuite exprimé une volonté de leadership fort, abordant les thèmes du financement à long-terme via des partenaires privés, de la réduction des cotisations aux fédérations, de la gestion des dépenses, de la création de commissions de soutiens, et de la résolution des déséquilibres à l’aide d’une équipe de professionnels expérimentés.
 
Il a en outre promis une allocation annuelle de trois millions d’euros aux pays en voie de développement, sur un budget total de cinq millions.
A l’issue de son discours, Dvorkovich n’a pas caché son enthousiasme, saluant les membres de son équipes et les deux autres candidats avant de s’asseoir.
 
Nigel Short a commencé par rappeler à l’assemblée les promesses non tenues par Ilyumzhinov il y a quatre ans. Il a ensuite évoqué le gâchis de « l’énorme potentiel » des échecs et remarqué que 92% des revenues de la FIDE proviennent de la communauté échiquéenne. « Vous êtes les vaches à lait d’une administration qui ne fonctionne pas. C’est de la « Makroéconomie ».
 
Déterminé, Short a ensuite vivement critiqué la prolongation du contrat d’Agon, les frais de déplacement et le manque de transparence autour de la situation bancaire de la fédération, qu’il a qualifié de « catastrophique. » Il a également parlé du « harcèlement endémique » qui gangrènerait l’administration.
 
Coup de théâtre : il a ensuite annoncé son retrait et son soutien à Dvorkovich.
 
Le GMI britannique a évoqué les « nombreux objectifs communs » partagé par les deux hommes et mentionné l’implication du russe dans l’organisation de la récente Coupe du Monde de football.
 
Il a terminé son discours par un bon mot : « United, et pas Liverpool ». Une pique à l’intention de Malcolm Pein, membre de l’équipe de Makropoulos et grand fan du club de football de Liverpool.
 
Le retrait de Short n’a pas surpris outre-mesure les observateurs, considérant la campagne très modeste menée par l’anglais et son soutien visible à Dvorkovich lors des dernières semaines.
 
Pourtant, il a affirmé au micro de Chess.com que cette décision n’avait été prise que la veille :
 
« Nous avons fait une réunion hier matin. Tout le monde ne s’est pas mis immédiatement d’accord, mais nous avons fini par trouver un consensus. De nombreuses personnes sont en faveur du changement, et souhaitaient voter pour moi au premier tour et pour Arkady au second. Le danger, c’est que si j’obtenais trop de voix au premier tour, le second tour aurait été différent, psychologiquement. »
 
 
 
Short a expliqué qu’il avait rencontré à plusieurs reprises son rival durant la campagne, et découvert que leurs projets étaient relativement similaires. En outre, il a précisé ne pas être fondamentalement anti-russe, comme certains de ses compatriotes. (La Fédération anglaise des échecs a voté pour Makropoulos en partie à cause de la récente affaire Skripal).
 
Short : « C’est vrai, la Russie n’est probablement pas mon pays préféré, mais nous avons eu un président russe pendant 23 ans. Ce qui me dérange le plus, c’est le népotisme, et je pèse mes mots. L’administration actuelle est corrompue et la sauver me semble impossible. »
 
Georgios Makropoulos fut le dernier à prendre la parole. Après avoir commencé en affirmant son désir de ne pas répondre à Short, il a finalement fait machine arrière. Il a qualifié son retrait de « malhonnête » et résumé ses réussites passées, remontant jusqu’aux olympiades des années 80.
 
Quoi qu’on pense du Grec, il est clair qu’il a dédié les 65 années de sa vie aux échecs. « Des trois candidats, je suis le seul à savoir ce dont la fédération a besoin. » a-t-il asséné. Il a plaidé pour le « maintien de la dignité et de la stabilité de la famille des échecs », mais avec moins de fougue qu’à l’accoutumée.
Deux délégués ont ensuite procédé au scrutin proprement dit. Celui-ci a duré 1h30, et une heure de plus pour le dépouillement.
 
Soudain, Jarecki est revenue au pupitre pour annoncer les résultats. Un bulletin fut déclaré invalide, et les chiffres furent annoncés.
 
 
Assis aux côtés du trésorier de la FIDE Adrian Siegel, Makropoulos a également serré quelques mains, avant de recevoir l’embrassade de son fils Ioannis. C’est pour lui la fin de trois décennies au service de la FIDE.
Dvorkovich succède à son compatriote Ilyumzhinov, président de la FIDE de 1995 à 2018. Ce dernier avait à l’origine prévu de se représenter pour un nouveau mandat, mais s’était retiré fin juin face au soutien grandissant dont bénéficiait Dvorkovich en Russie.
 
Ilyumzhinov est le président de la FIDE ayant réalisé le deuxième plus long mandat. Seul Alexander Rueb, le premier président de l’organisation, avait connu un « règne » plus long, de 1924 à 1949.
 
Lors de la dernière élection, en 2014, Ilyumzhinov avait largement battu Garry Kasparov. Un an plus tard, les problèmes avaient commencé lorsqu’il fut placé sur la liste des sanctions du département américain au trésor pour son soutien au régime syrien.
 
La banque suisse UBS avait alors clôturé le compte de la FIDE, et Makropoulos avait annoncé sa candidature à la présidence en avril, prenant officiellement ses distances avec le président auprès duquel il avait travaillé pendant des décennies.
 
Une nouvelle ère commence aujourd’hui pour les échecs. Une ère post-Ilyumzhinov. Le premier des nombreux défis auquel devra s’attaquer la nouvelle administration sera de récupérer un compte bancaire au nom de la fédération.